AFPS Versailles Yvelines

Pour une Paix juste et durable en Palestine

Une semaine en Palestine …

Si le mur et l’usage de la force militaire peuvent, pour certains être expliqués par la sécurité de l’état d’Israël, comment justifier la colonisation de la Cisjordanie ?

Cette politique et ses conséquences constituent une atteinte flagrante aux droits de l’homme qui n’est pas suffisamment combattue. Est-ce par ce qu’elle n’est pas assez connue ?

Après plus d’une semaine avec un groupe de l’AFPS en Palestine fin avril 2013, il me parait juste par rapport aux personnes rencontrées et aux situations vues d’en parler, de témoigner et d’écrire quelques lignes pour laisser une trace. Il s’agit simplement de notes et images retraçant les aspects les plus marquants de mon séjour qui était décomposé en 2 parties, les villages de Cisjordanie en résistance populaire non-violente puis la conférence internationale sur les prisonniers à Ramallah.

Bonne lecture …

Olivier

Villages en résistance populaire :

Le principe est malheureusement toujours le même : un village de 500 ou 600 habitants au milieu des collines d’oliviers se voit privé d’une partie importante de ces terres pour construire, parfois à moins de 500 mètres, une colonie israélienne. Ces colonies, des lotissements ou barres d’immeubles, sont situées sur des sommets et atteignent rapidement plusieurs milliers d’habitants. Les terres agricoles sont confisquées, les voies de communication, les ressources comme l’eau sont interdites aux habitants palestiniens pour favoriser le développement de la colonie. Des comités populaires réunissent les villageois depuis plusieurs années autour d’une résistance non violente basée sur des manifestations et de la communication. Leur répression violente de ces manifestations fait une partie intégrante d’une politique de harcèlement.

panneauxPanneaux mis par l’administration militaire israélienne
à l’entrée des villages palestiniens alertant
du danger pour les citoyens israéliens

Nabi Saleh

Situé à 25 km de Ramallah, ce petit village de 600 habitants est entouré de plusieurs colonies. L’un des premiers choc est de voir de ses yeux qu’une colonie peut se construire à quelques centaines de mètres d’un village. Elles sont édifiées sur des terres du village confisquées pour des « impératifs militaires » ou en régularisation d’installation initialement qualifiées d’illégales. Leur développement interdit comme à Nabi Saleh l’accès à des sources ou des forêts de pins traditionnellement utilisées.

Nabisaleh2Entrée du village                       Vue sur les colonies 

Le village est entré en résistance en 2005 : la manifestation hebdomadaire des villageois (tous les vendredi après la prière) tourne régulièrement aux affrontements violents : arrestations, blessés et même un mort. La présentation des limites du village, de la colonie nous est faite par Bassem Tamimi, arrêté plus de dix fois par les auto­rités israé­liennes pour ses acti­vités poli­tiques, a été reconnu comme « défenseur des Droits de l’Homme » par l’Union euro­péenne et comme pri­sonnier d’opinion par Amnesty.

NabiSaleh1Bansem Tamimi                                             Manal et Nariman Tamimi

Les femmes du village très actives dans la résistance nous ont présenté un film vidéo attestant du harcèlement dont les villageois font l’objet ( http://nabisalehsolidarity.wordpress.com/ ou celui de l’ONG israélienne Btselem : http://www.btselem.org/video/2011/08/soldiers-wake-children-nabi-saleh). La riposte de l’armée israélienne parait extrêmement disproportionnée : des grenades lacrymogènes sont envoyées dans les maisons où sont réfugiés les enfants les obligeant à sortir par les fenêtres du haut de plusieurs étages, les toits des maisons du village sont occupées et les réservoirs d’eau sont aspergés de produit toxiques. Les images d’arrestations d’un garçon de 9 ans ou de soldats réveillant les enfants pour les prendre en photo au milieu de la nuit sont particulièrement choquantes, un climat d’insécurité permanent qui ne laisse pas les enfants indemnes.

Deir Abu Mashal

Rencontre et déjeuner au « Club Village » centre social du village. Les responsables Sarah et Myriam nous expliquent leur formidable travail pour tenter d’organiser des activités pour les enfants pour les sortir du quotidien et leur redonner une vision d’avenir.

DeirAbuMishal

Sur les hauteurs du village, un site roman est en cours de restauration pour y construire un nouveau centre d’activités, bibliothèque et pourquoi pas hébergement. Le paysage du sommet est magnifique et permet de réaliser de la taille de ces territoires : Deir Abu Mashal est à 40 km de Ramallah mais aussi de Tel Aviv !

Panorama

Qalqilya

Situation incroyable que celle de ville palestinienne de 45 000 habitants. Située contre la ligne verte qui délimite depuis 1949 la séparation entre Israël et la Palestine, la ville est totalement entourée par le mur, anomalie malheureusement révélatrice d’un tracé du mur qui est loin de suivre la frontière.

QalqilyaLégende : frontière en pointillé et le mur en rouge

Depuis 2003, l’unique accès à la ville est contrôlé par l’armée israélienne, l’activité commerciale s’est effondrée. Les agriculteurs, rencontrés par hasard sur place, nous ont expliqués leurs difficultés quotidiennes pour aller entretenir leurs oliviers de lors côté du mur : ouvertures limitées à 30 minutes le matin et le soir à des horaires variables, humiliations lors des contrôles, …

Kafr Qaddoum

Autre situation inacceptable, celle du village de Kafr Qaddoum 3500 habitants. Depuis la seconde intifada en 2003, l’armée israélienne a coupé la route le reliant aux villages environnants en direction de Naplouse. Pas besoin d’attendre longtemps pour voir apparaitre des soldats si on avance sur cette route …

KafrQaddoum

La colonie de Qadumin a exproprié presque 20% des terres alors que ses habitants vivent principalement de l’agriculture et des oliviers. Au bout du village, nous avons vu voir à quelques centaines de mètres les champs d’oliviers maintenant inaccessibles remplacés par les exploitations des colons.

L’installation de la colonie s’est accompagnée de heurs violents entre colons parfois soutenus par l’armée et les habitants. Depuis 2011, les villageois ont choisis de résister en manifestant de manière pacifique soutenus par des militants israéliens et internationaux. La répression de l’armée reste brutale : gaz lacrymogènes tirés sur les manifestants, feux provoquant la destruction des oliviers, nombreuses arrestations, utilisation de chiens contre les manifestants. Une vidéo de mars 2012 a fait le tour du monde, on y voit un chien tenu par un soldat s’attaquant à un jeune à terre. (Sur le site de l’ONG israélienne Btselem : http://www.btselem.org/video/dog2012).

Bil’in

Village emblématique de la résistance populaire palestinienne, Bil’in est connu pour la victoire de sa résistance pacifique contre la construction du mur de la colonie : la haute cour de justice israélienne a ordonné la destruction de bâtiments en construction et le recul du mur. Depuis 2006 s’y déroule tous les ans une conférence sur la résistance non violente. Bil’in fait l’objet de plusieurs film : en 2006 « Bil’in mon amour » film israélien de Shai Carmeli Pollak et plus récemment « 5 caméras brisées » film documentaire franco-israëlo-palestinien écrit et réalisé par Emad Burnat et Guy Davidi nommé à l’Oscar du meilleur film documentaire en 2013.

bilin

A Bil’in nous serons hébergés quelques nuits chez la famille d’un professeur à l’université ouverte d’Al-Quds à Jericho. A l’arrivée, nous sommes rapidement mis dans l’ambiance : l’entrée est tapissée de posters des « martyrs » morts lors de la répression des manifestations des villageois. A l’issue du diner Hassan, son plus jeune fils de 18 ans dans sa chambre entre portraits des martyrs, de Saddam Hussein et Che Guevara, me montre les cartouches reçues, son lance-pierres et autres preuves de son implication dans les manifestations. Fièrement, il nous explique que son unique sport est le renvoi de grenades lacrymogènes. Par quel miracle, tous ces jeunes arrivent encore à croire au futur et se concentrer sur leur études ?

Al Masara

A 15 km de Bethléem, le village de Al Masara lutte contre la construction du mur à 12 km de la ligne verte. Les colonies construites entre Jerusalem et Bethléem avec plus de 70 000 colons, dont 4 députés de la Knesset, constituent une extension de la ville interdisant le passage aux palestiniens et réduisant de 80% la surface de la ville de Bethléem.

almasara1

La manifestations hebdomadaire était assez calme lors de notre passage, la mobilisation étant assez variable. Cependant tout peu dégénérer rapidement entre d’une parte des enfants palestiniens qu’il est difficile d’empêcher de jeter des pierres et d’autre part des soldats israéliens qui ont tout juste 18 ans. A noter parmi les manifestants, la participation d’israéliens « Combattants for peace » qui interpèlent les soldats en hébreux.

almasara2

Al Walaja

A quelques kilomètres au nord-ouest de Bethléem, le village d’Al Walaja va également connaitre d’ici peu l’encerclement. Situé entre la ligne verte et le mur, coupé du reste de la Cisjordanie par les colonies de Gilo et Har Gilo, il se trouve selon les autorités israélienne en partie dans la municipalité de Jérusalem et pour cette raison le mur a failli couper le village en deux.

Comble de l’absurdité, la famille palestinienne ayant (ce qui est exceptionnel) des documents de propriété a réussi à obtenir que sa maison sur le tracé du mur ne soit pas détruite mais contournée et elle sera côté israélien. Un tunnel contrôlé par une barrière lui est spécifique construit n’autorisant que leurs enfants a leur rendre visite.

alwalaja

Conférence Internationale « Liberté et Dignité » sur les prisonniers à Ramallah :

Cette conférence a réuni les 27 et 28 avril 2013 à la fois des représentants de l’autorité palestinienne, des diplomates, des membres de collectifs et de différents partis politiques palestiniens (hors Hamas) mais aussi des délégations de parlementaires et d’associations du monde entier. Son objectif était de partager les expériences internationales et de lancer une campagne pour la libération de Marwan Barghouthi et tous les prisonniers palestiniens.

Des ateliers ont permis des échanges rapides qui restent à travailler. Des délégations d’Amerique centrale et d’Amérique du Sud ont pu témoigner sur la fin des dictatures militaires dans leur pays , les Irlandais ont pu rappeler l’importance des prisonniers politique dans leur processus de paix.
Le témoignage le plus touchant reste celui de Ahmed Kathrada. Cet africain du sud d’origine indienne militant de l’ANC a connu la prison plus de 26 ans pendant l’apartheid. De ses 83 ans, il a rappelé son expérience personnelle et la lutte de Nelson Mandela pour qu’ils soient reconnus comme prisonnier politiques. Il a également souligné qu’aux pires moments de l’apartheid, il n’y avait pas, dans son pays, de murs, pas de routes séparés, pas de check-points qui existent en Palestine.
Intégralité de son discours : http://palestinechronicle.com/dignity-and-freedom-the-struggle-for-it-within-prison/#.UY0le4JvVXs

D’autres ateliers sur le texte « Réconciliation nationale » écrits par des prisonniers de toutes tendances et sur la Résistance Populaire ont également permis des échanges intéressants.

L’idée de personnaliser la campagne internationale faisant de Marwan Barghouti (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marouane_Barghouti) une figure comme celle de Mandela est revenue de nombreuses fois. Il est déjà citoyen d’honneur de plusieurs villes en France et pourrait de par son statut de parlementaire être soutenu par ses homologues à travers le monde.

conference

Il restera une note positive pour l’avenir, cette conférence est une réussite des jeunes diplomates palestiniens qui ont su utiliser leur réseau et se sont associés à Fadwa Barghouti pour l’organiser.

Autres rencontres pendant le séjour :

Camps de Al Amari

Dans la ville de Ramallah, le camps de réfugiés de Al Amari compte aujourd’hui 8 500 habitants sur une surface de 9 hectares. Réfugiés depuis 1948, ses habitants de villages détruits qui sont aujourd’hui sous l’aéroport de Tel Aviv restent soutenus par l’ONU. Les tentes ont été remplacées par des maisons en dur mais la surpopulation est un problème.

Alamari

Ma’an development center

maanlogoGrosse ONG de développement palestinienne fonctionne depuis 99 et compte aujourd’hui 326 employés. Ces champs d’action le développement agricole, les jeunes, les femmes, les communautés rurales, l’environnement.

http://www.maan-ctr.org/index.php

Addameer

addamerlogoAssociation d’aide aux plus de 4 900 prisonniers et à leurs familles.

Addameer lance en avril 2013 une campagne internationale contre la détention administrative qui concerne 168 prisonniers dont 8 parlementaires qui permet de renouveler indéfiniment une détention sans charge ni jugement : http://stopadcampaign.com/

http://www.addameer.org/

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Information

Cette entrée a été publiée le 10 mai 2013 par dans Activités locales.