AFPS Versailles Yvelines

Pour une Paix juste et durable en Palestine

L’eau en Palestine : ce qu’il faut retenir

Le 19 novembre dernier, l’AFPS Versailles recevait Jacques Fontaine, enseignant et agrégé de géographie, spécialiste du conflit israélo-palestinien. Sa conférence sur les enjeux de l’eau fut un modèle d’érudition et d’expertise. En voici le résumé complet. Merci à Antoine Billet pour ses prises de notes.

Cette conférence est développée dans un cahier de l’AFPS (n° 22), L’eau, enjeu du conflit israélo-palestinien, réédité en 2016.
Un film sur ce thème : « L’eau de chez nous, l’eau de chez eux » de Frédéric VIGNE.

– Israël, la Palestine et la Jordanie font partie des 15 pays au monde où la ressource en eau est la plus faible. Selon la FAO :
o il faut 1.666 m³ d’eau par an et par habitant, tous usages confondus (agricole, domestique et industriel),
o A moins de 1.000 m³ d’eau par an et par habitant, on est en pénurie,
o A moins de 500 m³ d’eau par an et par habitant, on est en pénurie extrême.
Pour Israël, Palestine et Jordanie, on se situe à moins de 300 m³ par an et par habitant.
– Au cœur de cette pénurie, un problème de répartition de l’eau entre un pays dominant (Israël – 8,5 millions d’habitants) et un pays dominé (la Palestine – 4,8 millions d’habitants).

1 ) Les ressources en eau.
– L’ensemble Israël/Palestine représente 27.000 km², soit 5 départements français, avec deux types de climats :
o Au nord, un climat méditerranéen : été sec, hiver pluvieux (céréales, vigne, olivier, et du pâturage),
o Au sud, un climat désertique, un peu steppique sur sa partie nord, avec moins de 100 mm de précipitations par an.
o Il faut irriguer pour développer une agriculture, sans irrigation, la vallée du Jourdain en Cisjordanie ne permettrait aucune culture.

Trois ressources principales en eau :
o Eau du Jourdain, qui vient du Mont Ermont et traverse le lac de Tibériade : 600 millions de m³ d’eau par an,
o L’aquifère du littoral : 400 à 500 millions de m³ par an. Il était déjà exploité au XIX e siècle pour produire les oranges de Jaffa. Cet aquifère s’épuise, se sale (entrée d’eau de mer), et se pollue (nitrates).
o Les trois aquifères de montagne (Nord, Ouest et Est) : 700 millions de m³ par an.
o Et marginalement les ressources du fleuve Yarmouk qui prend sa source dans le Djebel Druze.

– Au total, on dispose de 1,7 milliard de m³ d’eau renouvelable par an pour 14 millions d’habitants, soit autour de 100 m³/an et par habitant.
2)  La consommation d’eau.
– La consommation (2,3 milliards de m³/an) est supérieure au renouvellement de l’eau due à l’eau de pluie (1,7 milliards de m³/an). On le constate en particulier au niveau de la Mer Morte, descendue de – 390 m en 1950 à – 430 m aujourd’hui.
– Israël fait appel à des eaux non conventionnelles :
o Le recyclage des eaux usées pour l’agriculture : 200 millions de m³ d’eau par an,
o Le dessalement de l’eau de mer : de 500 à 600 millions de m³ d’eau par an, dont le cout (1 € par m³) a été divisé par 2 en 20 ans, en particulier grâce aux ressources de gaz naturel d’Israël.
– La répartition de la consommation d’eau entre Israël et la Palestine :
o Israël : 2,3 milliards de m³ par an, soit 300 m³/an/Israélien,
o Palestine : 300 millions de m³, soit 75 à 80 m³/an/Palestinien.
– L’eau consommée par Israël et largement produite dans les pays voisins.
– La canalisation nationale, qui transfère l’eau du lac de Tibériade vers le cœur d’Israël, fait monter l’eau de -215 m à 100 m, grâce à des compresseurs qui consomment 10 % de l’électricité d’Israël.
– Israël tient à conserver le contrôle de la ressource d’eau sur tout le territoire Israël/Palestine (une caractéristique d’un régime colonial) : elle propose à la Palestine de l’eau de mer dessalée à un coût 3 à 4 fois plus cher que celui des aquifères de montagne.
– La consommation d’eau d’Israël augmente de 1,3 milliard de m³ en 1960 à 2 milliard de m³ aujourd’hui :
o La consommation agricole (1,3 milliard de m³/an est désormais stable, grâce à des techniques économes de type irrigation goute à goute),
o La consommation domestique (600 à 700 millions de m³/an) explose, à la fois sous l’effet de l’augmentation de la population et de l’amélioration du niveau de vie – légèrement supérieur au niveau de vie français)
o La consommation industrielle est faible.
– La consommation d’eau en Palestine est moins connue – manque de sources statistiques -, mais le premier poste est la consommation domestique, devant la consommation agricole.
3) ) La politique de l’eau en Israël.
– Quelques dates :
o 1930 : le début politique, avec la construction d’un premier barrage,
o 1936 : constitution de la société publique de distribution d’eau MEKOROT,
o 1938 : plan de mise en valeur de la vallée du Jourdain sur le modèle de la Tenessee Valley Authority,
o 1950 : décision de la construction de la conduite d’eau nationale (construite entre 1952 et 1960), malgré le refus des pays arabes de voir transférer l’eau d’un bassin hydraulique à un autre.
o En 1965-66, les Syriens veulent mettre en valeur les sources du Jourdain à Banyas. Ils en seront toujours empêchés par Israël.
o Juin 1967 : 2 interdictions sont posées par Israël aux Palestiniens :
 Irriguer à partir de l’eau du Jourdain,
 Creuser de nouveaux puits (12 seulement seront creusés en 30 ans)
Moshe Dayan déclare en 1967 : « Jamais les Palestiniens n’auront plus d’eau qu’aujourd’hui ».
o Oslo 2 crée le Joint Water Comitee, comité paritaire sur l’eau entre Israël et Palestine.

4 L’eau en Palestine par zones géographiques.
a) Gaza
– La guerre de 2014 a conduit à des destructions importantes d’installations d’eau (notamment les usines d’épuration) par Israël.
– Les besoins de Gaza représentent 150 millions de m³/an, l’aquifère de Gaza ne peut fournir que 75 millions de m³/an. Cet aquifère se remplit donc d’eau saumâtre. Les nitrates et chlorures qu’il contient sont huit fois supérieurs aux normes maximales préconisées par l’OMS.
Il n’y a quasiment plus d’eau potable, il n’y en aura plus dans deux ans…
b) La Cisjordanie.
– 200 villages ne sont pas raccordés au réseau d’eau potable.
– MEKOROT vend plus cher l’eau en Cisjordanie (aux Palestiniens) qu’en Israël.

5 Questions-Réponses.
Les aides les plus efficaces sur la question de l’eau viennent ce coopérations décentralisées :
– Besançon a fiabilisé l’alimentation en eau du camp de réfugiés d’Aqabat Jaber, près de Jéricho.
– AFPS Rhône Alpes a aidé à la création de bassins d’irrigation en zone A.
Le canal Mer Rouge / Mer Morte.
– Une source intéressante : Sébastien BOUSSOIS, Sauver la Mer Morte.
– C’est un projet qui ne rentabilisera jamais ses investissements, et ne peut être financé que par des institutions internationales.
– Il faudrait amener 2 milliards de m³ d’eau de la Mer Rouge.
– Sur le canal, possibilité de produire de l’électricité (sur les chutes) utilisable pour transporter l’eau et la dessaler.
– Les problèmes écologiques ne sont pas traités : l’eau de la Mer Morte est 10 fois plus salée que l’eau de la Mer Rouge.
– Des problèmes politiques : Israël refuse que les Palestiniens soient associés au projet, mais accepterait de leur allouer 50 millions de m³ d’eau par an (toujours cette volonté de contrôler la ressource…)
Le réseau d’eau palestinien est vétuste : de l’ordre de 20 à 40 % de pertes (mais NIMES il y a quelques années avait un taux de perte de 40 %). Une partie de cette vétusté tient au fait qu’Israël n’autorise pas les travaux de remise à niveau.
———————————

Publicités

Information

Cette entrée a été publiée le 18 décembre 2016 par dans Activités locales, et est taguée , , , , , , .