AFPS Versailles Yvelines

Pour une Paix juste et durable en Palestine

Les combats d’Eléonore Merza-Bronstein

«On ne peut pas parler de paix, ni l’envisager, tant que la Palestine n’est pas décolonisée.» La rencontre avec Eléonore Merza-Bronstein, organisée par l’AFPS Versailles vendredi 16 mars dernier, restera comme un marqueur fort dans l’histoire de notre engagement. D’une densité rare, la parole de la co-fondatrice de De-Colonizer est de celles qui forcent le respect, non seulement parce qu’elle s’origine à Tel Aviv, ce qui lui donne une tonalité singulière, mais aussi parce qu’elle lie la rigueur de la recherche scientifique à la fermeté du militantisme. Juive refusant la citoyenneté israélienne, c’est en 2015 qu’elle crée De-Colonizer avec son mari Eitan Bronstein. À la fois ONG et centre de recherche alternatif, De-Colonizer s’attache à contourner les frontières politiques et symboliques pour lutter contre les oublis de l’histoire. Et réfléchir à un vivre-ensemble, aujourd’hui largement interdit par la colonisation.

Anthropologue du politique, Eléonore Merza met donc son savoir au service d’une cause qu’elle nourrit par les meilleurs processus d’enquêtes issus des sciences humaines et sociales. De-Colonizer est en quête de vérité, parle de faits, de dates, et les restitue notamment dans des cartes foisonnantes d’où émergent une réalité jusqu’ici occultée – le nombre et le nom de villages palestiniens détruits avant la Nakba, par exemple. Plus que des cartes : des manifestes. «Nous cherchons à créer des outils de réflexion à destination de la société israélienne et de l’international», a-t-elle précisé. Nous nous considérons comme des ‘traducteurs’, produisant des témoignages palestiniens à destination d’Israël

Ces convictions mettent les deux têtes chercheuses de De-Colonizer au ban de leur milieu professionnel, en marge de leur société, voire en danger d’être agressées par des opposants – comme par le passé. Ce qu’a raconté Eléonore Merza devant plus de 60 spectateurs, c’est d’abord l’histoire de son mari Eitan, juif issu d’une famille nationaliste, devenu peu à peu antisioniste convaincu. C’est en effectuant son service militaire, au départ avec conviction, que le choc des exactions commises par l’armée le conduira à prendre conscience de l’ampleur des dépossessions subies par les Palestiniens. Aujourd’hui, le combat des De-Colonizer s’articule tout autant autour des de la réalité vécue par les uns et les autres, que des concepts et des mots. Car ces derniers, comme la rappela la conférencière, sont porteurs d’idéologie, et leur utilisation n’est jamais neutre.

Dans une langue soutenue, brillante dans l’articulation des idées, celle qui est aussi chercheuse associée au CNRS confia notamment ne jamais parler de «conflit israélo-palestinien». Elle y voit une expression trop réductrice induisant à tort une symétrie des forces, un combat aux formes traditionnelles et partagées. Elle préfère «conflit de colonisation». De même, «Arabes israéliens» lui parait quelque peu falsifier le passé, le rendre plus brumeux, au profit de ceux qui voudraient imposer leur «vocabulaire colonial » et déclasser l’Autre. Elle parlera donc de «Palestiniens en Israël». De plus, celle qui ne voit pas les Israéliens comme ses «compatriotes», car elle n’est pas patriote, pas plus qu’elle ne considère Israël comme une patrie – un espace commun démocratique – ou une nation, résume ainsi ce qui se passe à Jérusalem ou en Cisjordanie : «dépalestiniser la Palestine». En observatrice scrupuleuse, elle a noté la valeur prise au fil du temps, en Israël, par le mot «Nakbah» (la « Catastrophe », l’exode palestinien de 1948). Pour elle, Nakbah est devenu un mot du vocabulaire courant, connu par tous, ce qui signe une reconnaissance implicite du traumatisme subi à cette époque. «L’ère du déni complet est terminé», assure-t-elle.

Si des avancées dans le savoir historique sont donc perceptibles, Eléonore Merza n’hésite pourtant pas à tirer le signal d’alarme face aux dégâts causés par le gouvernement le plus à l’extrême-droite de l’histoire d’Israël. «Je suis frappée par la normalisation de la parole raciste, d’autant plus choquante qu’elle vient d’en haut, des dirigeants.» De-Colonizer continuera donc à vivre sous tension : ouvrir des espaces pour s’informer et dialoguer, déconstruire les processus qui renforcent l’occupation, des enjeux de plus en plus cruciaux.

https://www.de-colonizer.org/our-book

*** L’organisation de cette rencontre avec Eléonore Merza-Bronstein ne fut pas de tout repos pour l’AFPS-Versailles. La soirée était initialement prévue au 109, avenue de Paris dans une salle louée à la communauté des Soeurs servantes du Sacré-coeur de Jésus, la même que nous avions utilisée le 25 novembre dernier pour notre conférence sur Gaza. Mais quelques jours avant la soirée, les sœurs, qui avaient donné leur accord depuis plusieurs semaines, nous ont fait savoir que nous n’étions plus les bienvenus. Nous sommes parvenus à apprendre que c’est un coup de fil de l’évêché qui les en a dissuadées. Nous en ignorons les raisons. Merci, en tout cas, au sympathique restaurant La Petite Coupole de nous avoir accueilli au pied levé.

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Cette entrée a été publiée le 25 mars 2018 par dans Activités locales, et est taguée , , , , , , .