AFPS Versailles Yvelines

Pour une Paix juste et durable en Palestine

Comment Shakespeare m’a sauvé la vie

 

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Après un premier volet consacré à Creative Girls Society il y a quelques semaines, voici un verbatim tiré de notre rencontre à Naplouse, en octobre dernier, avec notre ami Abd al-Karim. Sa’adi. Membre de la célèbre ONG israélienne B’Tselem, centre d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, ce Palestinien vivant à Tulkarem sillonne la Cisjordanie pour documenter les différentes formes de l’occupation.

L’avenir
«Le monde change et les Palestiniens ne sont pas stupides. Ils voient et ils pensent. Netanyahou va bientôt être obligé de démissionner, à cause de la corruption dont il est accusé. De plus en plus de gens en Israël se demandent où ils vont, notamment avec ces gouvernements de droite extrême. Mais les Palestiniens ne referont pas les mêmes erreurs, ils sont prêts à négocier.»

Le Hamas
«Le leader du Hamas, Yahya Sinouar, élu en février 2017, a passé 22 ans en prison. Il y a acquis une réelle légitimité. Il est devenu un chef, un vrai leader. C’est quelqu’un de très intelligent, qui a réussi à active le compromis entre le Hamas et le Fatah. Pour lui, il est possible de faire passer les groupes du Hamas sous l’Autorité palestinienne, sans pour autant les désarmer. Car il est important de rester armé pour garder une forme de pression sur Israël.»

Naplouse
«L’armée israélienne fait des descentes chaque nuit à Naplouse. Avant, elle appelait la police palestinienne, pour la prévenir. Ainsi les autorités n’étaient pas surprises, il n’y avait pas de heurts. Les policiers devaient rentrer dans leurs locaux et laisser la place. Maintenant, l’armée israélienne ne prévient même plus.»

Les accords d’Oslo
«Nous avions cru qu’Israël allait jouer le jeu. J’ai été, c’est vrai, très déçu.»

L’intifada des couteaux
«Pour B’Tselem, j’ai investigué tous les jours dans le nord de la Palestine. Les familles en ont assez. Les portes sont fermées, sans parler des checkpoints. Ceux qui sont nés en 99, 2000, n’ont plus d’espoir. Ils savent qu’ils vont se faire tuer s’ils attaquent les soldats, qui tuent aveuglément. C’est donc une forme de suicide.»

Etre ou ne pas être (au checkpoint) : Shakespeare et moi.
«Il y a quelques temps, je me suis fait arrêter par les soldats israéliens en revenant de Ramallah, où je venais de voir une pièce de Shakespeare. La nuit était tombée, le couvre-feu avait commencé. Il était plus de minuit, j’étais en retard. Je savais que je n’aurais pas dû me retrouver sur cette route à cette heure-ci, devant ce barrage. Les soldats m’ont violemment fait sortir de la voiture. Ils ont commencé à me contrôler, à vérifier mon identité. Ils étaient nerveux, hostiles. J’étais certain qu’ils n’allaient pas mettre dix minutes avant de me tuer. J’ai commencé à avoir très peur. Je leur ai parlé de Shakespeare et de la pièce de théâtre à laquelle je venais d’assister. Ils n’en revenaient pas que je sois éduqué, instruit, que j’aie une certaine culture. Je leur ai appris que mon fils était ingénieur. Nous avons parlementé pendant deux heures, j’ai osé leur dire «Vous êtes victimes de votre gouvernement». Ils ont fini par me laisser repartir, en me serrant la main. J’étais fier car j’ai réussi à les faire un peu changer. Cela aurait été si simple de me tuer à ce moment-là, au pied de ce checkpoint.»

 

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Cette entrée a été publiée le 29 avril 2018 par dans Activités locales.