AFPS Versailles Yvelines

Pour une Paix juste et durable en Palestine

Salah Hamouri : «La haine n’est pas une conviction politique.»

Il était libre, et il a parlé. En décembre dernier, Salah Hamouri est venu à Versailles témoigner de son année de détention dans les prisons israéliennes. Le Franco-Palestinien était l’invité de la section CGT des cheminots de la gare des Chantiers, dont certains de ses membres ont noué avec lui une relation d’amitié lors de précédents voyages en Palestine. Libéré le 30 septembre dernier, Salah Hamouri était incarcéré en détention administrative dans la prison de Ketziot (désert du Néguev), depuis le 23 août 2017. La détention administrative est une procédure hors cadre judiciaire qui permet aux autorités israéliennes de retenir prisonnier qui elles veulent sans aucun procès et sans qu’aucun grief ne soit formulé. La durée de la détention n’est jamais fixée à l’avance et peut être sans limite, par période de six mois renouvelable à l’infini. Salah Hamouri n’a jamais su pourquoi il a été arrêté, ni d’ailleurs pourquoi, plus d’un an plus tard, il a été relâché. À 33 ans, celui qui est né à Jérusalem de mère française et de père palestinien avait déjà purgé sept ans en prison de 2005 à 2011, dont trois en détention administrative. Il lui était alors reproché d’appartenir au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et d’avoir participé à un projet de complot contre le rabbin Oviada Yosef. Depuis, Salah Hamouri est devenu avocat. Il est marié avec Elsa Lefort, fille de Jean-Claude Lefort, ancien président de l’AFPS. Voici les meilleurs extraits de sa conférence, à laquelle plusieurs membres de l’AFPS Versailles ont assisté.

Les prisonniers palestiniens
« Entre 4500 et 5000 prisonniers politiques sont actuellement détenus, dont 62 femmes. Près de 500 le sont en détention administrative. 600 sont condamnés à la prison à vie, 120 à vingt-cinq ans d’incarcération. Et dix le sont à plus de trente ans. » 

Les enfants eux aussi
« 250 enfants sont actuellement en prison. Ils sont jugés par les mêmes tribunaux que pour les adultes. Les visites ne sont pas possibles avant les trois premiers mois d’incarcération. Et encore, seule la famille proche peut venir (parents, frères, etc.), pas la « grande famille », la famille au sens élargie. Je connais des enfants de 12 ans qui ont pris deux ou trois ans de prison. Certains se font arrêter trois à quatre fois par an, souvent de manière préventive, ce qui les empêche de suivre une scolarité normale. J’ai vraiment le sentiment que la politique d’arrestation des enfants devient plus agressive. »

La détention administrative, mode d’emploi
« Les détentions administratives sont renouvelables par périodes de six mois : des prisonniers passent ainsi quinze ans en DA. Ils sont emprisonnés pendant deux ans puis libérés quelques mois, puis remis en prison et à nouveau libérés. C’est un cycle. »

La mort derrière les murs
« Depuis 1967, 215 prisonniers sont morts en détention. Les causes : assassinats, grève de la faim, maladie, torture… »

Ma prison du Néguev
« Ketziot est à moitié une base armée, à moitié une prison, qui regroupe 1600 détenus. Seuls trois dentistes et trois docteurs s’occupent d’eux. C’est largement insuffisant. Les maladies s’aggravent. Je peux citer par exemple le cas d’un malade des yeux devenu aveugle. Israël compte d’ailleurs faire supporter le coût des soins des prisonniers à l’Autorité palestinienne. »

Torture(s)
« Les militaires ne m’ont pas tapé. Mais ils utilisent la torture morale. Ils se servent par exemple de ce qui est dit dans les parloirs pour faire du chantage. Du coup, les prisonniers et les familles doivent faire attention à ce qui est dit, et ne pas communiquer normalement.  Cela crée une distance entre eux. Ils m’ont interdit de voir ma femme et mon enfant pendant mes quatre cents jours de détention : une vraie torture psychologique. Je connais des prisonniers enfermés depuis 1983 qui sont en isolement total. La seule chose qu’ils gardent en mémoire de l’extérieur, c’est le jour de leur arrestation. »

Solidarité collective et internationale
« Dans la prison, nous essayons de nous organiser entre prisonniers pour soigner notre moral. Nous apprenons aux plus jeunes comment remplir l’emploi du temps. Sports, transmission de savoirs, politique…  Ma formation politique, je l’ai enrichie en prison. Beaucoup de prisonniers m’ont montré des lettres de soutien envoyées par des Français. Je leur ai expliqué que des milliers de gens en France se mobilisaient pour la Palestine. Le savoir est très important pour eux. Quand tu es libéré, et que tu revois tes anciens compagnons de prison, tu comprends que tu es devenu presque plus proche d’eux que des membres de ta famille. »

Un futur au conditionnel
« Je ne sais pas pourquoi j’ai été libéré, pas plus que je ne sais pourquoi j’ai été emprisonné. Tu ne passes pas devant un tribunal qui te l’expliquerait. On te libère sans aucune justification. Je sais que si je retourne à Jérusalem, je peux de nouveau me faire arrêter. Ils m’ont dit en sortant : « Ton dossier administratif est ouvert, tout est possible.« 

Ce que l’on sait et ce que l’on sent
« Pour moi, Israël est une machine de destruction. La société israélienne sait ce qu’elle fait, elle connaît les responsables politiques qu’elle a élus. Beaucoup ont fait l’armée. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savent pas. Mais pas question pour moi de me laisser dominer par la haine. La haine n’est pas une conviction politique. »

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Cette entrée a été publiée le 8 janvier 2019 par dans Activités locales, et est taguée .